Télécharger Pandora Radio for TV 2.0.7 (Gratuit) pour Android installera pandora

Télécharger Pandora Radio for TV 2.0.7 pour Android

pour
Gratuit
N° 758 dans Logiciels
Télécharger
  • Total des téléchargements: 512
  • Editeur: Pandora
  • Type de licence: Gratuit
  • Langue: Français
  • Date de publication: 30/10/14
  • Toutes les versions de Pandora Radio for TV
Pandora Radio for TV
Point de vue de la rédaction

A propos de Pandora Radio for TV

  • Pandora Radio for TV
  • Pandora Radio for TV
  • Plus d'images
Pandora internet radio est une applicatuon gratuite pour les téléphones et tablettes Android de Google destinée à vous permettre d'écouter de la radio où vous voulez et quand vous voulez. En effet, Pandora internet radio vous donne la possibilité de créer vos propres stations de radio en fonction de vos goûts musicaux.

Pour cela, il vous suffit d'entrer le nom de vos artistes, chansons, comédiens ou compositeurs préférés et Pandora internet radio va automatiquement créer une station personnelle dont les morceaux seront choisis en fonction et en rapport avec ces noms. Vous allez pouvoir créer jusqu'à 100 stations de radio.

N'hésitez pas également à vous rendre sur le dossier publié par la rédaction de Tom's Guide consacré aux meilleurs jeux gratuits pour Android.
Télécharger

Copies d'écran pour Pandora Radio for TV

Plus d'information sur Pandora Radio for TV
Voir tous les screenshots

Top 3 Musique

  • Spotify Music
    #1
    Spotify Music
    Gratuit
    Télécharger
  • Sonos Controller
    #2
    Sonos Controller
    Gratuit
    Télécharger
  • Spotify Music
    #3
    Spotify Music
    Gratuit
    Télécharger
  • Voir tout

Derniers albums

  • Fantastic Beasts and Where to Find Them
    Fantastic Beasts and Where to Find Them
    Télécharger
  • Doctor Strange
    Doctor Strange
    Télécharger
  • Assassin’s Creed
    Assassin’s Creed
    Télécharger
  • Voir tout

installera pandora

Sitio web oficial de pandora
pandora charms à vendre
パンドラアプリ
安いパンドラ
pandora braclets

MAURICE & LÉA

« Une ligne entraîne l’autre, toujours… je dessine quelque chose qui me donne subitement l’idée de dessiner quelque chose d’autre qui me donne aussitôt l’envie de dessiner, etc. Voyez-vous, je dessine, puis je réfléchis. Pour moi, c’est une activité littéraire, morale. » Saul Steinberg

11.3.11

Une girafe bien anecdotique dans le paysage

Alain descend à l’hôtel de la Girafe pour le plaisir de dire qu’il descend à l’hôtel de la Girafe. C’est l’humour d’Alain. L’hôtel de la Girafe est bien tenu, de bas en haut et de haut en bas, sans ascenseur, une girafe ne prend pas l’ascenseur. C’est l’humour d’Alain qui ajoute qu’il est même bien peigné, l’hôtel bien sûr, car, quant à lui… (il passe sa main sur son crâne). Il est bien tenu par Mr Roups, Irénée, gérant de l’hôtel de la Girafe depuis 1828 . Monsieur Roups ne fait pas son âge. C’est l’humour d’Alain qui reprend une blague de monsieur Roups à propos de son âge qu’il ne fait pas et cela depuis son plus jeune âge. Quel âge me prêtez-vous avait demandé monsieur Roups à Alain quand il descendit pour la première fois à l’hôtel de la Girafe ? En tout cas il avait dix ans de moins qu’aujourd’hui, faites le calcul. L’humour d’Alain consiste à endosser l’humour des autres, un humour de coucou en quelque sorte, comme la girafe qui ne prend pas l’ascenseur ou que l’hôtel de la Girafe est bien peigné. En fait, ce n’est ni monsieur Roups le gérant de l’hôtel de la Girafe, ni l’hôtel de la Girafe qui datent de 1828, mais la girafe elle-même quand elle fut offerte par le sultan d’Égypte au roi de France comme l’expliqua monsieur Roups à Alain avant qu’il lui pose la question car bien évidemment tout le monde lui pose la question.
Ce soir-là Alain n’était pas d’humeur à rire suite à la rencontre avec son frère Maurice à l’arrêt de bus le plus proche de l’hôtel de la Girafe, si proche que cet arrêt se nomme La Girafe, comme la place où nulle œuvre d’art ne rappelle le passage de la girafe en 1828, question qui revient comme un yoyo à chaque enquête de voisinage depuis cent quatre-vingt deux ans. Non, Alain n’était pas tout à fait passé sous un éléphant mais monsieur Roups lui posa la question avant d’enfiler les perles d’humour autour du cou de la girafe, une fois rassuré par son cher client qui précisa qu’il en avait vu d’autres (des éléphants ? des girafes ? ), qu’il préférait en rire.
Il rit*.
Le restaurant de l’hôtel de la Girafe se situe au dernier étage. Quant au bar, il est au rez-de-chaussée. Question de logique estime monsieur Roups en se haussant du col. Alain s’installa au bar, car l’appétit lui manquait et il avait soif. Il lui manquait aussi le courage de se hisser au dernier étage par ses propres moyens car bien que l’appétit lui manquât, il était affamé.

* cf. page 6 de la bande dessinée Envoyer par e-mail BlogThis! Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Pinterest Libellés : sultan d’Égypte Article plus récent Article plus ancien Accueil feuilleton publié
du 4 mars 2010
au 3 mars 2011
par Dominique Hérody

Mode d'emploi

Cette version de Maurice & Léa a été composée de telle sorte qu’elle puisse être lue dans l’ordre du récit. Il suffit donc de descendre et, une fois en bas, de cliquer sur messages plus anciens pour poursuivre sa lecture. Bien que le feuilleton soit achevé, il n ’ en continue pas moins à respirer dans la colonne intitulée Bibliothèque d ’emprunts de Maurice et Léa, surtout de Léa , quelques étages plus bas. La version originale, celle du feuilleton, est toujours disponible à cette adresse : herody.blogspot.com

Ma participation à un certain encombrement, sinon un désordre, de quelques rares bibliothèques

L’Atelier (Futuropolis) Les Yeux de Louise (Magic Strip) Hôtel Gagarine (Magic Strip) Les Musiciennes (Michel Lagarde) En sa compagnie (Le temps qu’il fait) 203 (Le temps qu’il fait) Farniente (L’Association, avec Lewis Trondheim) Tête à tête (éditions de l’An 2)

+

+

À la queue leu leu

Lectures de Léa et autres lieux

◊Nylso À la fleur de l’âge À la recherche du temps perdu A. O. Barnabooth Ada ou l’ardeur Adelbert von Chamisso Adios Scheherazade Adolfo Bioy Casares Aki Kaurismäki Albert Cohen Alexandre Thérien Aline Schulman Allia Amos Oz Amsterdam Antoine et Colette Anton Tchekhov Arto Paasilina Asterios Polyp Attila Austerlitz Auto-da-fé Bartleby Bartleby et compagnie Baudelaire Beethoven Bertold Brecht Bibi Fricotin Blaise Pascal Bludzee Boby Lapointe Bonds insensés par lesquels je m’efforce de m’endormir et d’endormir le lecteur Borges Boudu sauvé de eaux Brautigan Library Bruno Schulz Buenos Aires Burlington Buster Keaton Caïn et Abel Carl Friedrich Abel Carl Seelig Carlos Gardel Catherine Deneuve Cervantès Châlus Charlemagne Charles Trenet Charlie Parker Chemin faisant Christian Bourgois Citroën Claude Melki Cocorico Comme seules savent aimer les femmes Contes et mécontes Cornélius D’après une nouvelle de Stefan Zweig David Mazzucchelli De l’utilisation de la peau humaine Débutants dégâts d’incendie Des menteurs Descartes Deux Anglaises et le continent Diane Diderot Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge Dieu Dimitri Roudine Dominique Goblet Don Quichotte Donald Westlake Du parler prompt ou tardif Dumala éditions Marguerite Waknine éditions Plein Chant éditions Tristram Eduard von Keyserling Elias Canetti Emmanuel Bove Enfance berlinoise Enfantine Enrique Vila-Matas Ernesto Carriego Errol Flynn Étude d’après-midi Extinction (un effondrement) Fabio Viscogliosi FC Barcelone Fermina Marquez Fernando Pessoa Fictions Florence Franz Kafka Freud FRMK Gaston Lagaffe Gene Kelly Georg Hermann George Clooney Georges Perec Giorgio Bassani Google Guy de Maupassant Guy Jouvet Guy-Marc Hinant H. G. Adler Hannibal Henri Calet Henri Duparc Henriette Jacoby Henry David Thoreau Henry VIII Herman Melville Hermès Hobart Hôtel Savoy Iain Topliss Ivanohé Jack London Jacques Demy Jacques Lacarrière Jacques le Fataliste Jacques le fataliste et son maître Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit Je veux témoigner jusqu’au bout Journal 1942-1945 Jean Paul Jean Paul Richter Jean Renoir Jean-Claude Pirotte Jean-Daniel Pollet Jean-Paul Chabrier Jean-Pierre Léaud Jérôme et le lièvre Jirí Weil Joan Fontaine Johann Christian Bach Jorge Luis Borges José Corti José Muñoz Joseph Conrad Joseph Roth Josuah Reynolds Jules Verne Julio Cortázar Julius Margolin Karl Arnold L’Acrobate L’Autre L’écriture visuelle L’époque de génie L’Épreuve du jour l’Escampette L’Étrange histoire de Peter Schlemihl L’homme à l’affût L’Homme sans qualités L’Invention de Morel L’Usage du monde La Bible La Bibliothèque de Babel La Chartreuse de Parme La Geneytouse la mère Poulard La Mort et la boussole La Pêche à la truite en Amérique La Promenade La Ruelle la Vallée des Dieux Laurence Sterne Le banquier anarchiste Le bruit du temps Le Commis Le Jardin des Finzi-Contini Le Khalife et le fou Le Livre de sable Le Neveu de Wittgenstein Le Nid du Marsupilami Le Retraité Le Sanatorium au croque-mort Le temps qu’il fait Le Temps retrouvé Le Tour du monde en quatre-vingts jours Le Voyage sentimental Les armes secrètes Les cahiers de Malte Laurids Brigge Les Enfants Tanner Les Essais Les Fleurs du mal Les Hommes-loups Les Mille et une Nuits Les Nouvelles du jour (18 février 2008) Les Oiseaux Les Sept vieillards Lettre d’une inconnue Lettres à Milena (18 août 1920) Lettres à son frère Théo Lewis Trondheim Livres des garçons Londres Lord Jim Louis Jourdan Marcel Bénabou Marcel Proust Marie Saur Mark Twain Martin Eden Max Ophüls Mes amis Mes bibliothèques Mes soldats de papier Journal 1933-1941 Michel Lambert Michel Simon Michel Strogoff Mon enterrement vivant Montaigne Musées de la ville de Strasbourg Naples et la Prusse Natacha Sicaud National Portrait Gallery Nicolas Bouvier Nietzsche Norwich Nostalgie Oncle Tobie Paolo Pandolfo Pastorale américaine Patagonie Pedersen Petit ours brun Petites proses Philip Roth Pier Paolo Pasolini Pierre Mac Orlan Pour guérir d’un rhume Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres Poussières de la route Premier amour Promenades avec Robert Walser Promenades dans Rome 1829 prospectus Prospetto d’Ivrea Rainer Maria Rilke Raymond Carver Real Madrid Récit de voyage Régis Boyer Rembrandt René R. Khawam Richard Brautigan Richard Cœur de lion Rijkmuseum Rober Walser Robert Musil Robert Walser Robin des bois Roderick Random Roups S. J. Agnon Sade San Carlos de Bariloche Sara Saul Steinberg Sébastien Chevalier Seeland Sheherazade Sherwood Si tu veux bien Sigismund Krzyzanowski Simon Tanner Simplicissimus Solal Souvenirs du futur Spirou Stefan Zweig Stendhal Sucre de pastèque sultan d’Égypte Swan Tarjei Vesaas Tasmanie Thomas Bernhard Thomas Gainsborough Tobias Smollett Tottenham Tourgueniev Tristram Shandy Trois années U-713 ou les Gentilshommes d’infortune Ulrica Un homme heureux Un mois de répit Un petit réaliste Un voyage Une dissertation datant de l’année 3059 sur l’humour pour mécanique du dix-huitième siècle Une histoire d’amour et de ténèbres Valery Larbaud Van Gogh Variations Goldberg Varlam Chalamov Vermeer Vers le Nord Veuve Tampon Vicky Baum Victor Klemperer Vivre avec une étoile Vladimir Nabokov Voyage au pays des Ze-Ka W ou le souvenir d’enfance W. G. Sebald Walden ou La vie dans les bois Walter Walter Benjamin Zinedine Zidane

Bibliothèque d’emprunts de Maurice & Léa, surtout de Léa

Notre rendez-vous a eu lieu dans un restaurant de la place de la Virreina, dans le quartier de Gracia. Fillol, la trentaine, pas très grand, brun et émacié, avec une barbe clairsemée et des lunettes d’intellectuel, m’est apparu comme un de ces Argentins qui semblent avoir lu tous les livres et avoir vu tous les films et qui préfèrent qu’on leur coupe une main plutôt que d’avoir recours à un cliché. Javier Cercas, L’Imposteur
Quelques mois avant mes six ans, au jours de la plus grande luminosité sous nos latitudes, maman a entrepris de me donner les moyens de lire. L’alphabet, puis les premières syllabes, puis encore, doucement, en me servant du lait chaud et des tartines de miel doux-beurre-salé sur son extraordinaire pain juste sorti du fourneau. Je me souviens parfaitement d’appétit de comprendre et de difficultés qui me décourageaient. Alors vint un matin miracle. Le bout de phrase compris, l’adéquation entre une image et quelques mots que je suivais du bout du doigt, m’ont à la fois explosé et submergé. J’étais alors assez pur pour ignorer la prouesse ; non, j’ai juste compris que je comprenais que le monde m’était offert. Pierre Landry, Trois épiphanies (William Blake and Co.)
Quand j’eus terminé les gaufrettes, elle épousseta la table et prit un petit livre épais dans la bibliothèque. J’avais lu Un conte de deux villes et le jugeais à la hauteur de mes exigences en tant que roman sentimental. Mme Flowers l’ouvrit à la première page et, pour la première fois de ma vie, j’entendis de la poésie. — C’était la meilleure et la pire des époques… Sa voix se glissait dans chaque mot, le contournait, l’explorait. Elle chantait presque. J’aurais voulu regarder les pages. Étaient-ce les mêmes que j’avais lues ? Ou y avait-il des notes, de la musique sur des portées comme dans un livre de cantiques ? Les sons commencèrent à se déverser doucement en cascade. Je sus, pour avoir entendu des milliers de prédicateurs, qu’elle arrivait au bout de sa lecture, et je n’avais pas vraiment entendu, pas entendu au point de comprendre le moindre mot. — Ça te plaît ? L’idée m’effleura qu’elle attendait une réponse. J’avais encore sur la langue le goût sucré de la vanille et dans les oreilles sa merveilleuse lecture. Je devais parler. — Oui, madame, dis-je. C’était le moins que je pouvais faire, mais aussi le plus. Maya Angelou, Je sais pourquoi l’oiseau chante en cage
Kappler souriait, parlait de l’usage des vipères en politique, Kappler, le démocrate absolu, disait à Lilstein de lire Lénine et Staline parce qu’il pensait que cela le sauverait, Lilstein était un jeune être cultivé qui fonçait vers le communisme en pensant de temps en temps aux aisselles de la bonne et en regrettant une histoire de carabine à air comprimé, Kappler voulait qu’il fût armé : « Ne soyez pas non plus un de ces imbéciles qui répètent vipère lubrique chaque fois qu’un socialiste prend la parole. » Hédi Kaddour, Waltenberg
Les années passent. Est-ce pour célébrer le premier, le second ou le troisième anniversaire de sa réclusion que le scaphandrier entreprit d’édifier dans le parc une réplique en miniature des Montagnes de la Lune ? Ou bien en hommage à Lucienne d’Anvers, dont le bateau, jadis, avait porté le nom du Ruwensori ? Ou dans l’attente vaine d’une visite d’Anne Portland ? Toujours est-il qu’il ne lui fallut pas plus de huit semaines pour dresser dans la clairière, au point de rencontrer des allées sablées qui reliaient les pavillons entre eux, une montagne de terre, de cailloux, de branchages, de gravats et de résidus domestiques dont le sommet se perdait dans les nuages, aussi longtemps du moins que le brouillard matinal enveloppait le cime des arbres du parc. Jean Rolin, L’or du scaphandrier
Et quand Alice se tenait au premier plan sur une banquette de train ou de voiture, ou même devant Jason sur une longue barque, l’objectif ne la quittait plus jusqu’à ce qu’elle l’oublie, le temps d’y consumer à la lumière les six et dix minutes de pellicule. Elle ne bougeait pas ou elle dormait ou elle regardait autour d’elle, elle jetait parfois un vague sourire à celui qui la filmait, ou elle s’irritait, lui tournant le dos pour parler à l’homme qui dirigeait l’embarcation, et j’étais pris entre l’ennui d’avoir à souffrir une vision médusée sur le vide et le rien, et le désir de revoir encore sur l’écran le tressaillement d’un trait ou d’une expression insoupçonnée sur le visage d’Alice, un plissement des yeux, une contraction à la commissure des lèvres, des doigts remettant une mèche derrière l’oreille, m’abîmant alors dans une contemplation attentive qui puisait sa force et son intensité dans l’infinie durée, me semblait-il, du même plan. Luc Lang, Liverpool marée haute
Ton ami de Jeunesse est le seul ami que tu auras vraiment, car il ne te voit pas tel que tu es. Dans son esprit, il voit un visage qui n’existe plus, prononce un nom — Spike, Bud, Snip, Red, Rusty, Jack, Dave — qui appartient à ce visage sans existence, mais qui, par quelque confusion absurde et sénile de l’univers, se rattache maintenant à un étranger ennuyeux qu’on regrette d’avoir rencontré. Mais il se plie à cette confusion sénile, incontinente, de l’univers et continue d’appeler ce pénible étranger par le nom qui n’appartient vraiment qu’à ce jeune visage d’autrefois, à l’époque où sa jeune voix appelait faiblement par-dessus le bruit des flots en fin d’après-midi, murmurait la nuit près d’un feu de camp, ou disait au milieu d’une rue bondée : « Oh, écoute un peu ça : “Aux confins du Wenlock, anxieuse est la forêt… Le Wrekin a gonflé sa haute toison d’arbres.” » Ton ami de Jeunesse ne reste ton ami que parce qu’il ne te voit plus. Et peut-être qu’au fond, il ne t’a jamais vu. Ce qu’il voyait n’était qu’un fragment du décor de ce monde merveilleux qui s’offrait à lui à cette époque. Robert Penn Warren, Tous les hommes du roi
J’ai déjà dit que la demeure de Kova se trouvait dans la rue où j’avais habité pendant mon enfance. Selon mon calcul, j’avais atteint l’âge qu’avait mon père — de mémoire bénie — au moment où il habitait ici avec nous. Bien des années avaient passé depuis lors. Bien des souffrances avaient atteint nos têtes. Quand j’étais seul, il me semblait qu’ici rien n’avait changé. Une fois, je regardai dans le miroir et je frémis ; il me semblait voir dans le miroir l’image de mon père, et je me dis : Qu’est-ce ? mon père n’avait pas tant de barbe… je ne comprenais pas que c’était moi qui me tenais devant le miroir. S. J. Agnon, L’hôte de passage
J’étais seul entre les murs de la vieille maison d’étude. Les disciples des sages qui avaient médité la Tora étaient morts et étaient partis vers leur dernière demeure. Les livres qu’il y avait eus ici avaient disparu. Nous avions beaucoup de livres dans la vieille maison d’étude. J’en avais étudié quelques-uns. J’avais même ajouté des remarques dans les marges ; j’étais alors jeune, et je pensais qu’il m’état possible d’ajouter quelque chose à leur sagesse. Sur d’autres livres, j’avais pleuré, à la façon des petits enfants : quand ils ne peuvent atteindre quelque chose par l’intelligence, ils veulent le faire par les larmes. Maintenant, de tous ces volumes, il n’en restait qu’un par-ci par-là. Où avaient-ils disparu ? Il est dit, dans le Livre des Hassidim , que les âmes ont des livres : les sages, qui ont enseigné pendant leur vie, le font encore après leur mort. Il est donc possible que les vieillards décédés aient pris avec eux leurs livres, afin d’étudier après leur mort. Et ils ont agi avec justice, car il n’y avait plus personne dans la maison d’étude, et personne n’avait besoin de livres. Avant que ce petit nombre de livres ait disparu, je voulus jeter les yeux sur eux. J’en pris un et le lus jusqu’au bout. J’avais toujours pris un livre pour le laisser, puis un second que je laissais, comme si la sagesse contenue dans un seul livre ne me suffisait pas. Je vis soudain qu’un seul livre contient de quoi nourrir dix sages, et que sa sagesse n’est jamais épuisée. Même les livres que je savais par cœur me parurent nouveaux. La Tora a soixante-dix visages : avec le visage qui vous sert à l’approcher, elle vous répond. S. J. Agnon, L’Hôte de passage
L’habitude d’écrire son journal s’est ranimée à Charleston. Bunny a veillé tard à écrire le dernier soir de l’année, et Duncan est revenu avec un registre acheté dans Lambs Conduit Street. Le triste, c’est que nous n’osons pas nous faire confiance les uns les autres pour nous lire mutuellement nos cahiers ; ils gisent, telles de vastes consciences, dans nos tiroirs les plus secrets. Clive, à propos, a égayé Noël avec un petit livre de poèmes à la prose fantastiquement affectée, mais les vers très jolis et légers, selon moi (ce qui signifie que ce n’est pas tout à fait l’avais de L.). Clive sait faire son « petit hibou » avec efficacité. Toujours est-il que je préfère cela à la dernière production géorgienne, reliés en bleu, cette année, et qui héberge ce ridicule Squire. Virginia Woolf, Journal (décembre 1917)
La dernière année… Nous nous retrouvions souvent au dîner. Nous parlions de livres, bien sûr. Nous lisions du samizdat ensemble. Le Docteur Jivago , des poèmes de Mandelstam… Je me souviens de nos discussions sur ce qu’est un poète. Sur le destin des poètes russes. Igor disait : « Un poète doit mourir jeune, sinon ce n’est pas un poète. Un poète vieux, c’est ridicule. » Là non plus, je n’ai pas fait attention… Je n’y ai pas attaché d’importance. D’habitude, les vers jaillissaient de moi à flots continus… Presque tous les poètes russes ont écrit des vers sur la Patrie. J’en connais beaucoup par cœur. Je lui récitais mon cher Lermontov : « J’aime mon pays natal, mais d’un amour étrange. » Svetlana Alexievitch, La Fin de l’homme rouge
Les avocats et les médecins, ça ne fait qu’une seule et même plaie d’Égypte. Ils n’ont été créés — tous — que pour se contredire les uns les autres, comme le fait — révérence parler — la traduction araméenne à l’endroit du Pentateuque. Un mien ami m’a éclairé, un jour, sur l’attitude adoptée par le Targoum, c’est-à-dire la traduction araméenne. « Le Targoum, dit-il est un sacré farceur. Tout ce que dit le Pentateuque, il le déforme à plaisir. Tenez, je vais vous citer un exemple : La loi de Moïse dit : « Vayomèr », qui signifie : « Et il dit » ; le Targoun, lui, le traduit par « Véamar ». Et quand l’Écriture avance le mot « Lémor », qui signifie : « pour dire », qu’est-ce qui te pousse, Sieur Targoun, à mettre ton « Léménar » qui veut dire exactement la même chose ? » Vous saisissez ? Ainsi les avocats. Sholem Aleichem, Le gros lot
Chaque été, mon père sortait tous les ouvrages calligraphiés de la bibliothèque pour les aérer, avec une référence qui transparaissait dans son expression comme dans son attitude. Lorsque nous sommes partis pour Nanchang, nous avons dû laisser beaucoup de choses sur place, mais mon père ne pouvait se résoudre à abandonner ses livres, il en a emporté quelques-uns des époques Song et Yuan. Tous les ans, lorsque le soleil brillait avec le plus d’ardeur, la cour était ainsi recouverte de panneaux de portes où livres et calques de gravures obtenus par frottage étaient mis à sécher. Enfant encore ignorant des lettres, je savais seulement que les livres étaient une des belles choses de ce monde. Les calques étaient très grands, il fallait les déployer encore et encore avant que les caractères blancs sur fond noir se révèlent à la clarté du jour, ainsi la fameuse calligraphie de Yue Fei — « Que nos terres nous soient rendues ». Rao Pingru, Notre histoire
Enfin, les armoires étaient les dernières à devoir affronter la fureur de l’hygiène sacrée. Ma mère vidait toutes les choses dont elle se souvenait. Ce fut à l’une de ces occasions qu’un jour nous ouvrîmes une porte. L’armoire était encastrée dans le mur et je crois qu’elle n’avait jamais été ouverte. Du mur sortirent des livres aux couvertures vieillies et craquelées qui renfermaient des millions de mots rangés sous forme d’histoires. Ma mère en prit un et se souvint tout à coup de la chose. Alors elle avança la main et me dit que je pouvais les regarder. Moi, le roi du papier, jusqu’alors maître dans l’art enfantin de remplir l’espace d’écritures, je me trouvai face à un trésor de mots déjà écrits, ordonnés. Ce Pessah -là fut vraiment la Fête, le retour du fils à la mère qui, après le lait de la prime enfance, lui fournissait une armoire pleine à ras bord d’histoires. Ugo Riccarelli, Un nommé Schulz
Après l’école, je n’avais rien à faire, je traînais dans le hall de l’hôtel. Un jour, je tombai sur un roman bon marché intitulé Les Frères James . Je le saisis immédiatement et le lus d’une traite. À partir de là, je fus sans cesse en quête de ce genre de roman à dix cents . Je trouvai un endroit où il s’en vendait à la pelle. Quand j’en achetais, je m’arrangeais pour ensuite l’échanger avec un camarade. Et si personne n’en voulait, je le rapportais, et la vendeuse m’en donnait un à cinq cents . Ils étaient aussi passionnants, mais plus courts. Je les lus tous, les Old Sleuth , les Cap Collier , les Frank Reade et autres Kit Carson . Mon père me voyait faire et ne disait rien. Un jour, il m’apporta un exemplaire du Dernier des Mohicans , de Fenimore Cooper. Je le lus et fus guéri de façon définitive des romans à deux sous. […] La veuve me donna une malle remplie de livres qu’elle avait acceptés en guise de paiement. J’y dénichai un vieil exemplaire du Comte de Monte-Cristo , qui m’occupa de nombreuses nuits. Cette lecture aiguisa mon appétit. Je fis le tour des bouquinistes et mis la main sur les aventures de d’Artagnan, que je dévorai. Puis Les Misérables et le grand maître, Dickens. Ces romans enflammèrent tant mon désir de voyage, d’aventures et d’inconnu, que je finis par déprimer à longueur de journée. Jack Black, Personne ne gagne
C’est à Vienne, avant sa chute, que j’ai possédé pour la dernière fois un foyer… Je m’y trouvais encore entouré par les livres provenant de la bibliothèque de mon père, et je leur devais de me sentir chez moi. […] Mais lorsqu’il me fallut à tout prix abandonner ma bibliothèque pour m’enfuir de Vienne, au milieu des hurlements des démons qui déversaient sur moi leur bave au fond de chaque ruelle, lorsque, évitant la racaille enragée, je me hâtai à travers les allées obscures du Parc, en direction de la gare de l’Ouest, et que je passai devant les doubles fenêtres au reflet morne de la pièce qui m’avait servi de bureau, de cabinet de lecture et de chambre à coucher, je compris le conseil des Anges à Loth, conseil qui vaut aussi pour tout exilé : ne te retourne pas, fût-ce une dernière fois, pour contempler Sodome et Gomorrhe. Walter Mehring, Le bibliothèque perdue
« Mais maintenant il faut que tu viennes voir les livres ! Je ne suis pas sûr d’avoir toujours deviné tes goûts. Goethe, Schiller, Lessing — attends, là, qu’est-ce que c’est ? Grillparzer. L’autres ici, le rouge, c’est Rückert, je n’ai jamais rien lu de lui, mais toi sûrement. Voici tes chers poèmes de Heine. Là ici, c’est Lenau. Et en bas, le manuel de conversation, l’édition complète, avec les trois suppléments. Tu vas avoir de quoi lire, non ? — Oui, merci. » Il était devant la vitrine de la bibliothèque d’ébène, à deux pas d’elle. Elle se sentait si loin de lui, elle pensait complètement exclu de dire jamais « mon mari » de cet étranger. Malgré les poêles qui brûlaient jour et nuit, elle avait froid. Ernst Lothar, Mélodie de Vienne
Il ignorait tant de choses, mais comment savoir ? Il se mit alors, durant son temps libre, à fréquenter les librairies de Podol en quête de livres bon marché. Il acheta une Vie de Spinoza à lire durant des soirées solitaires au-dessus de l’écurie. La vie d’un autre pouvait-elle vous instruire ? L’histoire de la Russie surtout le fascinait. Il consulta des masses de libelles empilés sur les étagères des arrière-boutiques ayant trait au servage ou système pénal sibérien — comte rendu terrifiant caché sous un boisseau que le libraire lui avait indiqué d’un clin d’œil. Il lut aussi un récit sur la révolte et l’anéantissement des Décembristes, ainsi qu’un exposé passionnant sur les Narodniks, idéalistes des années 1870 qui, après s’être aveuglément dévoués aux paysans avec l’espoir de les inciter à provoquer une révolutions sociale, avait lâché le mysticisme paysan pour le terrorisme. Bernard Malamud, L’Homme de Kiev
De l’autre côté de la route (à main gauche), court en permanence une longue ligne de collines basses, qui constitue en fait une colline ininterrompue ou une falaise sans faille, au sommet aplati, espèce de saillie rocheuse que l’on pourrait prendre pour une muraille en ruine. Je crains que le lecteur ne s’agace de me voir tout le temps faire référence au paysage italien, comme s’il constituait la mesure de la beauté de tous les autres. Mais je crains encore davantage de ne pouvoir fournir d’excuse à cette habitude et de ne devoir la laisser dans sa nudité coupable. C’est une habitude sans raison, mais le lecteur s’est depuis longtemps aperçu que mon voyage n’en avait pas davantage et que je livre mes impressions telles que je les ai ressenties. Or j’ai ressenti, dans tout ce paysage, l’impression de quelque chose de transalpin, avec plus de chic et de fraîcheur, et beaucoup moins d’élégance et de langueur. Henry James, Voyage en France
Qui aurait cru que, des latrines, sortirait un pareil génie ? Ton dernier récit, Au Phare , est magnifique, merveilleux. Tu l’as certainement volé à quelque grand écrivain. Je l’ai lu moi-même, puis j’ai demandé à Michka de le lire à haute voix, puis je l’ai fait lire à Maria et, à chaque fois, j’ai été convaincu qu’avec ce phare tu t’étais surpassé. Aveuglante étincelle dans les ténèbres de l’ignorance ! Un mot intelligent en trente ans de bêtise ! Je suis transporté, c’est pourquoi je t’écris, sinon tu aurais pu attendre longtemps une lettre de moi… (la paresse !). Le Tatar est grandiose, le petit père est bien, le directeur de la poste brossé en trois lignes, le sujet est trop sympathique, la forme ne te ressemble pas, elle a quelque chose de nouveau et de bien. Le début ne serait pas si convenu s’il avait été introduit quelque part au milieu du récit et morcelé ; Olia, comme toutes le femmes, ne vaut rien. Tu ne connais positivement rien aux femmes ! On ne peut pas, mon cœur, tourner éternellement autour d’un seul et même genre de femme ! Où et quand (je ne parle pas du temps où tu étais collégien) en as-tu vu des comme Olia ? Ne ferait-on pas preuve d’intelligence et de talent en plaçant à côté de gueules aussi merveilleuses que celles du Tatar et du petit père une femme sympathique, vivante (et non pas une poupée), une femme réelle ? Ton Olia est une offense à la grande toile de maître qu’est le phare. Anton Tchekhov, lettre à son frère Alexandre , août 1887
Elle a grandi et s’est épanouie comme une « tendre rose », aurais-je dit si j’avais voulu m’exprimer dans la langue de vos romanciers qui s’y connaissent autant en floraison des roses qu’un Turc en récitation du kaddish . Très forts pour rester les pieds devant le feu en décrivant la nature avec forêt verdoyante, mer murmurante, dunes de sable et patiti et patata, et patin-couffin et fariboles. Je ne peux pas les voir en peinture, ces scribouillages, ils me donnent la nausée. Je ne les lis jamais ! Quand je prends un livre et que j’aperçois le soleil luire, la lune vagabonder, l’air embaumer, les oiseaux pépier, je balance le livre à tous les diables ! Sholem-Aleikhem, Guitel Pourishkevitsh et autres héros dépités (traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild)
Tu fais bien de lire des livres. Habitue-toi à lire. Avec le temps, tu apprécieras cette habitude. Madame Beecher Stowe t’a donc tiré des larmes ? Je l’ai lue autrefois et l’ai relue il y a six mois dans un but scientifique. Eh bien, j’ai éprouvé à cette lecture la désagréable sensation qu’éprouvent les mortels qui ont abusé de raisins secs ou de raisin de Corinthe. Le gros-bec que je t’avais promis s’est échappé et son lieu de résidence m’est à peu près inconnu. Je m’arrangerai pour t’apporter autre chose. Lis donc les livres suivants : Don Quichotte (version intégrale, en sept ou huit parties). C’est un bon livre. Une œuvre de Cervantès que l’on met presque sur un pied d’égalité avec Shakespeare. Je recommande à mes frères la lecture, si ce n’est déjà fait, du Don Quichotte et Hamlet , de Tourgueniev. Toi, petit frère, tu ne comprendras pas. Si tu veux lire un récit de voyage qui ne soit pas ennuyeux, lis La Frégate Pallas de Gontcharov, etc. Anton Tchekhov, lettre à son frère Mikhaïl, 1879
Quant à notre cercle familial, il ne semblait que se renforcer au fur et à mesure des menaces. Les soirées nous trouvaient réunis autour de la table de famille : en sirotant des tisanes, on jouait au mentana, un jeu de cartes, on dessinait, on tricotait, on cousait, on bricolait. La lecture à haute voix tenait un grand rôle dans ces veillées. Le Ludwig Richter Hausbuch , un ouvrage de lecture, la collection des livres de contes de fées dont ma mère était férue, étaient une source inépuisable d ’ inspiration, parmi tant d'autres. Ce n ’ est qu ’ avec le plus grand respect que les volumes étaient tirés de la bibliothèque de mon père : la Vie en Alsace avec les dessins de Schnugg, la Springer Kunstgeschichte , un livre d ’ histoire de l ’ art, le grand volume des Fables de La Fontaine illustrées par Gustave Doré, l ’ énorme Atlas dans lequel nous suivions la mobilité du front. Mes premières lectures étaient fournies par la Bibliothèque Rose, la comtesse de Ségur en l ’ occurrence. Mon premier livre d ’ images fut un album de Benjamin Rabier. Le Struwelpeter , les Pieds Nickelés , l ’ Espiègle Lili , Wilhelm Busch, le Familienbuch illustré par Richter faisaient bon ménage avec Hansi, Samivel, Gustave Doré. Mais c ’ est surtout le Petit Larousse dans sa reliure saumonées, ses pages roses, ses multiples vignettes et planches, qui nourrissaient mon imagination. Tomi Ungerer, À la guerre comme à la guerre
À l’époque où Jonas et Daniel avaient encore le nez dans les bandes dessinées où alternaient des histoires de cow-boys, d’aviateurs et le monde plus ou moins incroyable de Walt Disney, Rakel était depuis longtemps passée à l’Arabie du Moyen Âge telle que décrite dans Les Mille et une Nuits , un livre qu’elle avait découvert dans une édition de luxe qui lui venait naturellement de tante Laura. Pas de Club des Cinq ni d’ Alice pour Rakel ; elle ne jurait que par Les Mille et une Nuits , et peut-être est-ce la raison pour laquelle Jonas se méfia très tôt de la lecture, car il constata rapidement les effets inquiétants que les livres pouvaient avoir sur les gens. Jan Kjærstad, Le séducteur (éd. Monsieur Toussaint Louverture, traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon)
Il commençait à faire nuit. Ils étaient restés pendant un long moment sans rien dire dans le petit appartement étroit, froid et sans air. Papa était assis, la tête inclinée sur son bureau et Tyler arpentait la pièce ; il avait déboutonné sa tunique et la ceinture de son uniforme n’était pas attachée. Tyler fumait cigarette sur cigarette et lançait des regards maussades par-delà les carreaux de la fenêtre. Glenn, assis sur le canapé, essayait de lire un livre de Howard Pyle qu’il avait déjà lu temps qu’il était gosse. Les tuyaux du chauffage central se mirent à glouglouter. C’était Charley, le concierge, qui tripatouillait la chaudière, ainsi qu’il faisait chaque soir, vers six heures. John Dos Passos, Aventures d’un jeune homme
À propos, vous avez négligé mon éducation depuis quelque temps. J’aimerais que vous me lisiez quelque chose. Laissez-moi choisir un livre. À ces mots, elle s’approcha de la bibliothèque et promena son regard sur les volumes. N’importe quoi plutôt qu’une querelle, ou que l’étrange silence soulignant la distance qui les séparait. Elle prit un livre, puis un autre ; elle pensa ironiquement à sa propre certitude moins d’une heure auparavant ; sa certitude disparue, elle cherchait à présent à tuer le temps, sans savoir où ils se trouvaient, ce qu’ils éprouvaient, si William l’aimait ou non. La position de Mary lui semblait de plus en plus enviable — si tant est qu’elle fût conforme à ce qu’elle croyait — si tant est que la simplicité existât pour la fille s’une femme. — Swift, dit-elle enfin, prenant un volume au hasard pour régler la question. Lisons un peu de Swift ! Rodney prit le livre et passa son doigt sur les pages sans rien dire. L’expression curieuse de son visage trahissait un conflit intérieur comme s’il pesait plusieurs choses entre elles sans parler avant d’avoir pris une décision. Virginia Woolf, Nuit et jour
Au moment où il se levait pour aller chercher sa pièce Denham tendait le bras vers la bibliothèque qui se trouvait à portée de sa main et il prit le premier volume qui se présentait. C’était une petite édition, ravissante, de Sir Thomas Browne et, l’ouvrant à un passage qu’il connaissait presque par cœur, Denham s’absorba quelque temps dans sa lecture. Rodney se rassit, son manuscrit sur les genoux. Il jeta à plusieurs reprises un coup d’œil sur Denham, puis il joignit le bout de ses doigts, et croisa ses jambes maigres au-dessus du garde-feu avec un bien-être évident. Finalement Denham ferma le livre et, le dos tourné à la cheminée, fit entendre quelques borborygmes qui semblaient se référer à Sir Thomas Browne. Il mit son chapeau, et, dominant Rodney toujours allongé dans son fauteuil, les pieds près du garde-feu, il annonça : — Je repasserai dans quelque temps. Rodney lui tendit le manuscrit en disant simplement : — Comme il vous plaira. Denham prit le manuscrit et s’en alla. Deux jours plus tard, au petit déjeuner, il découvrit avec surprise un petit paquet posé sur son assiette. Il trouva à l’intérieur l’exemplaire de Sir Thomas Browne qu’il avait feuilleté, avec une si vive attention, chez Rodney. Par pure paresse, il n‘écrivit pas pour remercier, mais il pensa plusieurs fois à Rodney avec sympathie, sans l’associer à Katherine, et décida de passer le voir, un soir, pour fumer la pipe en sa compagnie. Rodney était heureux de faire présent à ses amis des livres qu’ils aimaient. Sa bibliothèque s’appauvrissait régulièrement. Virginia Woolf, Nuit et Jour
Elle monte sur une chaise pour atteindre d’autres livres de la bibliothèque des Tudor — elle, l’orpheline Lancastre —, elle fait tomber sur ses genoux de gros volumes sans titre qui sont des traités d’anatomie, la Vie des animaux d’Aristote, des poésies anciennes où il est question de fard à paupières, et d’autres livres, comme des dictionnaires, laissant s’échapper par le bâillement de leurs pages des bêtes à une seule corne. Pierre Senges & Sergio Aquindo, Cendres, des hommes et des bulletins
Car bien qu’il s’agisse ici de questions sur lesquelles un biographe n’a pas grand avantage à s’étendre, il est assez clair pour ceux qui ont bien rempli leur rôle de lecteur, c’est-à-dire qui sont capables, à partir de minces indices semés ici et là, de reconstituer ce qui délimite et circonscrit une existence individuelle ; capables d’entendre une voix individuelle dans les allusions que nous murmurons ; de voir, alors même que nous n’en disons rien, à quoi ressemblait exactement cet individu ; de savoir, sans un seul mot pour les guider précisément ce qu’il pensait (et c’est pour de tels lecteurs que nous écrivons) ; il est clair , donc, que pour de tels lecteurs, qu’Orlando était un étrange mélange de multiples humeurs […]. Virginia Woolf, Orlando
La question des camps prit soudain toute sa dimension. Les Lettres françaises niaient, bien sûr, leur existence et leurs témoins affirmaient que c’était une pure invention. Entendre de mes propres oreilles un ancien ministre ou un savant mondialement connu, lauréat du prix Nobel, ou un professeur de la Sorbonne, la Légion d’honneur à la boutonnière, ou encore une écrivain célèbre prêter serment, puis affirmer qu’il n’y avait pas et n’y avait jamais eu de camps de concentration en URSS produisit sur moi une des impressions les plus fortes de ma vie. » Nina Berberova, L ’ affaire Kravtchenko
Ce n’est pas par hasard que le piano, fétiche petit-bourgeois par excellence (ô banlieues dominicales, ô Laforgue !) ait été choisi pour devenir le symbole de la « révolution » dans le domaine artistique. La fascination exercée sur le « quartier général prolétarien » par l’esthétique putréfiée de la petite bourgeoisie européenne du XIXe siècle, pieusement recueillie et retransmise par l’Union soviétique, vint simultanément se manifester ce même mois dans le domaine de la peinture, le chef-d’œuvre proposé à l’admiration des masses étant une sirupeuse peinture à l’huile (à la margarine serait-on plutôt tenté de dire) représentant le “Jeune Mao Zedong sur la route de Anyuan”. Ainsi dans toutes les bonnes familles rouges pourra-t-on dorénavant accrocher au-dessus du piano révolutionnaire du salon, un révolutionnaire Bouguereau. L’ouvrage était d’une mièvrerie si sucrée et désuète, que l’une de ses innombrables reproductions diffusées vers l’Europe s’égara au Vatican, et fut accrochée pour un temps dans une salle d’attente pontificale par un ecclésiastique de bonne foi qui l’avait prise pour une gravure missionnaire. Simon Leys, Les habits neufs du président Mao
“Très cher, très honoré monsieur Thomas Mann”, écrivit avec application un petit homme grave et sec un jour d’automne étonnamment chaud de novembre 1938. Il biffa tout aussi vite la phrase dans son carnet, se redressa du fauteuil à roulettes beaucoup trop bas et légèrement grinçant sur lequel il se trouvait depuis le début de l’après-midi, installé devant le bureau tout aussi bas de l’ancien office de son père, tendit plusieurs fois les bras en l’air et sur le côté comme pour la gymnastique du matin et fixa pendant deux ou trois minutes la bande étroite et sale de lumière en haut, sans cesse traversée par les chaussures et les jambes, les pointes de parapluie et les manteaux de passants de la rue Florianska. Maxim Biller, Une requête de Bruno Schulz
Il paraît que Nicolas Gogol l’Inquiet, au lendemain de la publication d’un recueil déplorable (quelques poèmes assassinés), a couru trois jours dans Saint-Pétersbourg d’une librairie à l’autre pour racheter ses exemplaires et les brûler dans le feu du poêle : plus personne n’en parle (ce genre d’autodafé allait devenir une coutume). Trois jours aussi pour notre capitaine, moins de roubles en poche mais une inquiétude comparable, et le tour des librairies et des bibliothèques de New York à des milliers de kilomètres de Saint-Pétersbourg pour racheter tous les exemplaires de Melville usurpateur et les donner à manger à son chat — il veut dire par là : les éparpiller dans le vide-ordures. C’est un soulagement de courte durée : l’inquiétude se réveille dès le lendemain, pas besoin d’anathème pour se sentir menacé, il suffit de se tenir seul dans sa cuisine entouré d’un millions d’Achab de papier, plus épiques que lui, prêts à lui faire honte. Pierre Senges, Achab (séquelles)
Achab est un mauvais lecteur, surtout à ses débuts, doté d’une mémoire trop courte, pauvre ou attachée à d’autres objets plus volages, par exemple le chant de tel oiseau d’une saison sur l’autre ; il est spontané, il est bref, sa lecture ressemble à un emportement soudain suivi d’une lassitude radicale, et à nouveau l’emportement — il devait ouvrir et refermer ses livres toutes les trois secondes, avec des mouvements d’éventail, ou plutôt de souffler. Personne ne l’a prévenu (personne n’étant là pour le faire : lui apprendre à poser des collets puis se saouler à la gnôle oui, mais déchiffrer ?) : du coup, dans les pages d’un livre, il ne s’est pas attendu à rencontrer en butant ces fichues métaphores (et un peu plus loin, un autre obstacle, un trope, et sinon des analogies, apparemment plus limpides, d’une candeur de discours de Mr Smith au Sénat — tout cela revenant au même, à ses yeux). Pierre Senges, Achab (séquelles)
Odessa était de toutes façons la grande ville révolutionnaire, avec Pétersbourg. Je ne connais pas Pétersbourg, ni Moscou, et je ne reconnaîtrais sans doute rien d’Odessa si j’y retournais aujourd’hui (ce qui n’est pas mon intention). Mes souvenirs d’enfance et d’adolescence se sont peu à peu estompés, fondus dans mes lectures, amalgamés à mes idées les plus fondamentales, et à part quelques scènes caractéristiques qui sont peut-être, comme beaucoup de souvenirs anciens, des reconstructions, j’ai gardé peu de choses de toute cette période, sinon moi-même. Pierre Pachet, Autobiographie de mon père
Et nous nous sommes réveillés gare de Lyon. Abrutis, incapables de reconnaître ce Paris des aurores grises, glaciales. Le café du bistrot, aussi mauvais qu’à Marseille. La chape des rues fermait également les visages. Valise à la main, nous avons retrouvé le métro, les changements jusqu’à la gare de l’Est, la foule morne. Notre Paris à nous, notre profond Paris, celui de notre adolescence profonde, avait sombré. Notre calcul — joindre les deux présents, d’hier et d’aujourd’hui — se révélait faux. Notre adolescence était bel et bien morte. Boris Schreiber, Un silence d ’ environ une demi-heure
Ces points forts n’allaient pas jusqu’à illuminer les rues qui y conduisaient, n’empêchaient pas une crainte tenace en nous. Celle d’entendre Mademoiselle Benoît ordonner : « Boris, à toi de lire. » Il fallait, à vois haute, interpréter ou L’Avare ou Monsieur de Pourceaugnac . Cela aurait pu être un réel plaisir. Dans notre chambre nous lisons à voix haute, maintes fois. Les Petits Classiques Larousse nous fascinaient, Boris et moi, leur format, leur couverture violette. Mais depuis quelque temps, Boris et moi ne parvenons plus à prononcer un certain nombre de lettres. Surtout les r et les n . Les mots commençant pas l’une ou l ’ autre de ces deux lettres nous devenaient imprononçables. Et notre effort provoquait un bégaiement. Il disparaissait quand nous parlions avec maman. À table, avec Wladimir, les rares échanges nous permettaient de choisir les mots russes faciles à prononcer, qui ne commençaient ni par r ni par n . Grâce à quoi, nous pouvions cacher cette brusque anomalie à Genia et à Wladimir. Mais en classe ? Boris et moi n’avions pas le temps de choisir nos mots pour répondre à Mademoiselle Benoît. Et encore moins pour la lecture à voix haute. Boris Schreiber, Un silence d ’ environ une demi-heure
Au coin de chez Mudie dans Oxford Street toutes les perles rouges et bleues s’étaient ramassées ensemble sur le fil. Les omnibus à moteur étaient bloqués. Mr. Spalding se rendant à la Cité regarda Mr. Charles Budgeon en route pour Shepherd’s Bush. La proximité des omnibus donnait aux passagers voyageant à l’impériale l’occasion de se dévisager. Cependant rares étaient ceux qui en profitaient. Chacun avait ses propres soucis en tête. Chacun avait en lui son passé enfermé comme les feuilles d’un livre qu’il connaissait par cœur ; et ses amis ne pouvaient lire que le titre, James Spalding, ou Charles Budgeon, et les passagers allant dans la direction opposée ne pouvaient rien lire du tout — sauf « un homme avec une moustache rousse », « un jeune homme en gris fumant la pipe ». Virginia Woolf, La chambre de Jacob
Le ciel était d’un bleu radieux, la pluie avait lavé l’asphalte, et les merles chantaient dans les buissons. Devant l’entrée de la gare se dressait le réverbère auquel Franz avait dû s’accrocher jadis à son arrivée à Vienne. Il y avait combien de temps de cela ? Un an ? La moitié d’une vie ? Une vie entière ? Il ne put s’empêcher de trouver comique ce drôle de garçon qui s’était un temps cramponné à ce réverbère, avec cette odeur de résine dans les cheveux, ses chaussures toutes boueuses et quelques espoirs saugrenus dans la tête. Et soudain il réalisa que ce garçon n’existait plus. Il avait disparu. Balayé, emporté par le courant, dans le tourbillon de l’époque. Et tout ça était allé drôlement vite, se dit-il, peut-être même un peu trop vite, en somme. C’était presque comme s’il avait changé de peau avant l’heure, grandi trop vite. Comme s’il s’était pour ainsi dire dépouillé brutalement de son moi. Robert Seethaler, Le tabac Tresniek
Il y a des jours auxquels l’espérance éternelle, ténue comme une ombre, donne des ailes. Alors le monde est comme une chambre garnie de ses meubles, alors le ciel est un profond peint d’une aimable peinture azurée, alors les montagnes sont comme des tapisseries blanches et vertes et, sur le tapis multicolore de la vie, tous les jouets roulent en faisant une musique d’une gracieuse niaiserie. Avec de semblables journées, le printemps s’étend souvent jusqu’au cœur de l’été et même jusqu’en automne, et ces jours dont nous sommes gratifiés, jours d’enfance au milieu de la vieillesse, touchants pour celui qui repense au passé sont le souvenir de quelque chose qui se trouve derrière tout jeu d’enfant, là où toute paix a son origine. Hermann Broch, Le Tentateur
Il suffirait peut-être […] de noter une seule minute de la journée d’hier pour la retenir, afin qu’elle reste comme une balise dans l’écoulement qui entraîne par le fond ciels et montagnes, comme une balise dans les obscurcissements et les éclairages insensibles du flot qui nous traverse, si léger et si lourd — hautes et basses marées du temps. Mais je veux évoquer le souvenir de cette journée de mars, déjà distante de plusieurs mois, appartenant à l’hiver passé, à la fois lointaine et proche, lointaine comme la journée d’hier, proche comme l’enfance. Cela tient sans doute à ce que toute réminiscence authentique inclut également, au-delà de l’événement, la naissance et la mort, tandis qu’inversement seuls sont remémorés les événements décisifs pour toute la vie et qui la reflètent. Ce que saisit le souvenir, c’est un instant, qui souvent n’a absolument rien de significatif en lui-même. Hermann Broch, Le Tentateur
Les jours passent. Condamné par les pluies, je papillonne devant la bibliothèque. Je râle aux livres croqués par le chien. Car le chien méprise la littérature contemporaine. Il la flaire, il lui jette d’insignifiants coups de langue, il lui donne des avancées de truffe comme il fait aux pots de fleurs, aux abat-jour, aux chaises, aux tables basses. Jamais il ne la croque . Le chien préfère le dos des livres anciens, riches en colle et en odeurs de chats. Jean-François Nivet, Le Voyage au Mont d’Or
Ces arbustes que j’avais vus dans le jardin, en les prenant pour des dieux étrangers, ne m’étais-je pas trompé comme Madeleine quand, dans un autre jardin, un jour dont l’anniversaire allait bientôt venir, elle vit une forme humaine et « crut que c’était le jardinier » ? Gardiens des souvenirs de l’âge d’or, garants de la promesse que la réalité n’est pas ce qu’on croit, que la splendeur de la poésie, que l’éclat merveilleux de l’innocence peuvent y resplendir et pourront être la récompense que nous nous efforcerons de mériter, les grandes créatures blanches merveilleusement penchées au-dessus de l’ombre propice à la sieste, à la pêche, à la lecture, n’était-ce pas plutôt des anges ? Marcel Proust, Le Côté de Guermantes
Elle était silencieuse car elle avait grandi dans le mutisme d’un père toujours occupé à lire une seule et même prière autour de laquelle se tissait toujours le même silence. Et maintenant qu’ils partaient en pique-nique c’était presque pareil, et ce la lui plaisait. Petkoutine avait passé les rênes autour de son cou et lisait un livre tandis que Kalina bavardait : ils jouaient à un jeu. Si dans son bavardage elle prononçait un mot à l’instant même où il le lisait dans son livre, ils échangeaient les rôles et c’est elle qui continuait la lecture tandis qu’il parlait. Ainsi, quand elle montra du doigt un mouton dans le pré, et qu’il déclara qu’il était justement en train de lire le mot mouton , elle eut du mal à le croire et prit le livre pour vérifier. Milorad Pavic, Le dictionnaire khazar
Le lecteur ne doit cependant pas être découragé par toutes ces recommandations. Il peut tout simplement sauter cette introduction et lire comme il mange : en se servant de son œil droit comme d’une fourchette, et de son œil gauche comme d’un couteau, et en jetant les os par-dessus l’épaule. C’est suffisant. Il pourra lui arriver de s’égarer parmi les mots de ce livre, comme ce fut le cas de Masudi, l’un des auteurs de ce dictionnaire, qui s’était perdu dans les rêves d’autrui sans pouvoir trouver le chemin du retour. Dans ce cas, il ne lui restera rien d’autre à faire que de partir du milieu, dans n’importe quelle direction, en défrichant son propre chemin. Il traversera le livre comme une forêt, de signe en signe, s’orientant d’après l’étoile, la Lune et la croix. Une autre fois, il le lira à la manière dont le faucon hobereau vole uniquement le jeudi, ou bien il pourra le tourner et retourner comme un « dé hongrois ». Ici, aucune chronologie ne sera nécessaire, ni respectée. Ainsi chaque lecteur créera son propre livre, comme dans une partie de dominos ou de cartes, recevant ce dictionnaire, comme un miroir, autant qu’il y invertira, car — c’est écrit dans ce lexique — on ne peut pas recevoir de la vérité plus qu’on y a mis. Milorad Pavic , Le dictionnaire khazar (traduit du serbe par Maria Bejanovska), Le nouvel Attila
Et un lecteur, j’insiste, ça veut dire quelqu’un qui lit, non pas nécessairement qui juge. Au reste, je n’interdis pas qu’on me juge, mais si le lecteur brûle d’impatience, s’il se dessèche d’ennui, je le prie de n’en rien laisser paraître, je tiens à lui signifier une fois pour toutes que je n’ai que faire de ses bâillements, de ses soupirs, de ses vociférations à voix basse, de ses coups de talon sur le parquet, est-ce ma faute si j’ai un faible pour les gens polis ? Et notez que je ne vous demande pas de me lire vraiment , mais de m’entretenir dans cette illusion que je suis lu : vous saisissez la nuance ? — Alors, vous parlez pour mentir ? — Non, monsieur, pour parler, rien de plus, et vous-même faites-vous autre chose du matin au soir et pas seulement à votre chat ? Et un écrivain écrit-il pour une autre raison que celle qu’il a envie d’écrire ? Mais suffit. Que mon lecteur me pardonne si je n’aime pas qu’on me bourdonne aux oreilles quand je parle. René-Louis des Forêts, Le Bavard
Heine, dans son livre sur l’Allemagne, parle d’un roman d’Armin, qui, je crois, n’a jamais été traduit dans notre langue. C’est l’histoire d’un jeune seigneur que tout est venu combler : une femme aimante, un fils, de fidèles amis… Tout cela pourtant, il le quitte un jour, et va courir le monde. Vingt ou trente ans plus tard, il revient. C’est le soir, un château illuminé, une précieuse assistance. Il s’y mêle, sans que personne le reconnaisse pour lui prêter attention. Il va de groupe en groupe à travers les salons, regarde, écoute, hésite. Cette femme encore belle sous ses cheveux gris, n’est-ce pas sa femme ? Et son fils, ce jeune officier ? Et son ami d’enfance, cet homme solennel ? Il le croit, il n’en ai pas sûr, il se sent inquiet. On dirait que tous ces gens — tous ces personnages — poursuivent un vieux rite dont l’esprit s’est perdu. Leurs gestes sont discrets et bien accordés, mais on ne sait à quoi ils répondent ; leurs murmures glissent à son oreille, sans qu’il y puisse trouver un sens. Il regagne le parc et s’éloigne lentement, perplexe, déconcerté, jusqu’à l’instant où il s’écrit : « Ah ! je sais. Ils sont morts. » Marcel Arland, La consolation du voyageur
Ma grand-mère était assise sur un banc, à l’entrée de son jardin. Sans doute, l’estomac rongé, ne pouvait-elle dormir. Elle devait attendre que les heures passent, et la brûlure. Sur ses genoux, elle tenait un chat blanc, qu’elle caressait parfois ; et le chat s’étirait en pointant une patte griffue ; elle lui donnait alors une petite tape sur le museau et de nouveau croisait autour de la bête ses mains difformes. Je l’ai longtemps regardée, à quelques pas d’elle, dans l’ombre. Minuit vint. Tout le village semblait ramassé autour de nous : je le sentais, et l’air vif ou la tiédeur de chacun des quartiers, et les maisons abandonnées, le grand sapin près de la gendarmerie, entre l’église et l’école le couloir dallé où les pas ont une sonorité particulière, et toutes ces figures jadis connues ou rêvées, je ne sais plus, mêlées à moi et si vivantes que c’était encore pour moi, comme pour cette vieille femme peut-être, un air d’enfance. Marcel Arland, La consolation du voyageur


Pages

  • BlocNotes
  • COMMANDES
  • Google Chrome
  • FAQ XFCE
  • NEWS
  • EeePC 700/900
  • TWEETS


jeudi 13 avril 2017

PANDORA.COM: Installer Pithos sous Manjaro ou Arch


Pithos is a native Pandora Radio client for Linux. It’s much more lightweight than the Pandora.com web client, and integrates with desktop features such as media keys, notifications, and the sound menu.

Pithos est un client Linux pour Pandora Radio. Il est beaucoup plus léger que le client Web natif de Pandora.com et les touches multimédia de votre clavier devraient fonctionner ainsi que les notifications visuelles et sonores. Les pubs sont seulement sonores.

Installer Pithos sur Manjaro ou Arch Linux pose actuellement quelques problèmes que ce soit en ligne de commande ou avec le logiciel Pamac (ajout/retrait de logiciels) (Problème avec les clés de sécurité).


  • Ouvrez Pamac à l'onglet AUR
  • Dans recherche, tapez pythos
  • Sélectionnez le second (pithos-git)
  • Installez-le
Si Pamac n'est pas disponible, vous pouvez essayer ceci:


 yaourt -S pithos-git


Pour Ubuntu et consors...


sudo add-apt-repository ppa:pithos/ppa
sudo apt update
sudo apt install pithos


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.

Article plus récent Article plus ancien Accueil
Il più grande parco divertimenti al coperto d'Italia
Tantissime attrazioni per tutta la famiglia e giostre per ragazzi
Divertimento tra lo zucchero filato e la frutta caramellata

Il più grande parco divertimenti al coperto d’Italia

16-17 dicembre 2017
Dal 22 dicembre 2017 al 7 gennaio 2018
13-14 gennaio 2018

Winterello

Presto online!

Braccialetto

Clicca qui!!

Intrattenimento

Clicca qui!

Attrazioni

Clicca qui

Partner

Supporter